Questions Patrimoniales

Donation après 80 ans : ce qui est encore possible

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L’âge du donateur est un paramètre fiscal qui n’est généralement pas perçu comme déterminant par les familles. Il l’est pourtant pour un dispositif précis : l’exonération prévue à l’article 790 G du CGI pour les dons familiaux de sommes d’argent est réservée aux donateurs âgés de moins de quatre-vingts ans au jour de la transmission. Passé ce seuil, ce mécanisme n’est plus accessible, quelle que soit la volonté des parties.

Cette limite ne condamne pas pour autant toute transmission. L’ensemble des abattements personnels prévus aux articles 779, 790 B, 790 D, 790 E et 790 F du CGI demeurent applicables sans restriction d’âge. Les formes notariées de donation, donation simple comme donation-partage, restent pleinement disponibles. La donation avec réserve d’usufruit reste techniquement réalisable, mais son intérêt économique se réduit mécaniquement à mesure que l’âge du donateur avance, en raison du barème de l’article 669 du CGI.

Comprendre ce qui est encore possible après 80 ans suppose donc de distinguer clairement ce qui est fermé, ce qui reste ouvert, et ce dont l’efficacité se dégrade progressivement avec l’âge. Ces trois dimensions sont traitées séparément ci-dessous.


Ce qui n’est plus disponible après 80 ans

L’exonération pour don familial de sommes d’argent (Art. 790 G CGI)

L’article 790 G I du CGI pose deux conditions cumulatives d’éligibilité. La première concerne le donateur : celui-ci doit être âgé de moins de quatre-vingts ans au jour de la transmission. La seconde concerne le donataire : celui-ci doit être âgé de dix-huit ans révolus ou avoir fait l’objet d’une mesure d’émancipation.

Dès lors que le donateur a atteint l’âge de quatre-vingts ans, la condition posée au 1° de l’article 790 G I n’est plus satisfaite. L’exonération n’est pas simplement réduite, elle est intégralement fermée. Il n’existe pas de dispositif de substitution qui en reproduirait les effets pour les donateurs plus âgés.

Cette exonération présente deux caractéristiques qui en font un outil distinct des abattements de droit commun. D’une part, il s’agit d’une exonération et non d’un abattement, ce qui signifie qu’elle ne consomme pas les abattements personnels du bénéficiaire. D’autre part, les dons exonérés au titre de cet article ne sont pas pris en compte pour le rappel fiscal de l’article 784 du CGI. Ces deux avantages sont perdus lorsque le donateur est âgé de quatre-vingts ans ou plus.

Le seuil des 80 ans : une date précise, pas une période

La condition d’âge s’apprécie au jour de la transmission, c’est-à-dire à la date du don. Un donateur qui effectue un don familial de sommes d’argent le jour même de son quatre-vingtième anniversaire ne satisfait plus à la condition, puisque le texte exige qu’il soit âgé de « moins de quatre-vingts ans » et non de « quatre-vingts ans au plus ». La limite est stricte.


Ce qui reste disponible après 80 ans

Les abattements personnels de droit commun

Aucun des abattements personnels prévus par le CGI n’est soumis à une condition relative à l’âge du donateur. Ces abattements s’appliquent indifféremment aux donations et aux successions et restent disponibles quelle que soit la date à laquelle le donateur les utilise.

Le tableau suivant récapitule les abattements disponibles pour un donateur de plus de 80 ans.

Lien de parentéAbattementSource
Enfant ou ascendant (ligne directe)100 000 EURArt. 779 I CGI
Petit-enfant31 865 EURArt. 790 B CGI
Arrière-petit-enfant5 310 EURArt. 790 D CGI
Conjoint du donateur80 724 EURArt. 790 E CGI
Partenaire PACS du donateur80 724 EURArt. 790 F CGI
Frère ou sœur15 932 EURArt. 779 IV CGI
Neveu ou nièce7 967 EURArt. 779 V CGI
Personne handicapée (cumulable)159 325 EURArt. 779 II CGI

Ces abattements se reconstituent tous les quinze ans. La règle du rappel fiscal de l’article 784 du CGI s’applique dans les mêmes conditions qu’à tout autre donateur : les donations consenties au cours des quinze années précédentes sont réintégrées pour le calcul des droits dus sur les transmissions ultérieures.

Les formes notariées de donation

La donation simple et la donation-partage ne sont soumises à aucune condition d’âge. Un donateur de quatre-vingt-cinq ans peut parfaitement consentir une donation-partage entre ses enfants, en utilisant les abattements applicables à chaque part. L’acte notarié est requis pour les biens immobiliers et pour toute donation-partage ; il constitue dans tous les cas la forme recommandée pour sécuriser l’opération sur le plan civil comme sur le plan fiscal.

Le don manuel

Le don manuel, qui porte sur des biens corporels remis de la main à la main (y compris des chèques ou des virements pour les sommes d’argent), reste possible après 80 ans. Il doit être déclaré par le donataire dans les délais légaux. Les abattements personnels s’appliquent dans les mêmes conditions qu’à toute autre donation. Pour une présentation complète de ce mécanisme, voir l’article Don manuel.


La donation avec réserve d’usufruit après 80 ans

Principe du démembrement et barème de l’article 669

La donation avec réserve d’usufruit permet au donateur de transmettre la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit jusqu’à son décès. Les droits de donation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, déterminée selon le barème légal de l’article 669 du CGI en fonction de l’âge de l’usufruitier au jour de la donation.

Ce barème, fondé sur des tranches d’âge décennales, attribue une valeur décroissante à l’usufruit à mesure que l’usufruitier vieillit. La nue-propriété représente en conséquence une fraction croissante de la valeur en pleine propriété.

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
Moins de 31 ans révolus80 %20 %
Moins de 41 ans révolus70 %30 %
Moins de 51 ans révolus60 %40 %
Moins de 61 ans révolus50 %50 %
Moins de 71 ans révolus40 %60 %
Moins de 81 ans révolus30 %70 %
Moins de 91 ans révolus20 %80 %
91 ans révolus et plus10 %90 %

Conséquences pratiques pour un donateur âgé

Pour un donateur âgé de 80 ans (tranche « moins de 81 ans révolus »), la nue-propriété est évaluée à 70 % de la valeur en pleine propriété. Les droits de donation sont donc assis sur 70 % de la valeur du bien, ce qui constitue encore un avantage par rapport à une donation en pleine propriété.

Pour un donateur âgé de 85 ans (tranche « moins de 91 ans révolus »), la nue-propriété est évaluée à 80 % de la valeur en pleine propriété. L’avantage fiscal du démembrement se réduit à une économie assise sur 20 % de la valeur, avant application des abattements. À cet âge, la différence de charge fiscale entre une donation en nue-propriété et une donation en pleine propriété peut être faible en valeur absolue, selon la nature et la valeur du bien transmis.

Ce constat ne constitue pas une recommandation d’éviter le démembrement après un certain âge. Il identifie un facteur d’analyse : la pertinence du montage dépend de la valeur du bien, des abattements disponibles, et des droits calculés selon chaque hypothèse. Ces comparaisons relèvent d’un calcul précis, non d’une règle générale. Pour une présentation détaillée du barème et de ses implications, voir l’article Donation avec réserve d’usufruit.


Précisions sur le rappel fiscal après 80 ans

La règle du rappel fiscal s’applique dans les mêmes conditions pour un donateur âgé de plus de 80 ans que pour tout autre donateur. L’article 784 du CGI prévoit que les donations consenties au cours des quinze années précédant une nouvelle mutation sont réintégrées pour le calcul des droits, que cette nouvelle mutation soit une donation ou une succession.

Un donateur de 82 ans qui n’a pas effectué de donation au cours des quinze dernières années dispose donc de ses abattements intégralement reconstitués. Les donations qu’il a pu consentir avant l’âge de 67 ans ne sont plus rapportées, quelles que soient leurs dates.

À l’inverse, un donateur de 82 ans qui a utilisé ses abattements il y a dix ans verra ces donations encore rapportées lors d’une nouvelle transmission, aussi bien du vivant qu’au décès. Le délai de quinze ans est un délai glissant calculé à rebours à partir de la date de chaque nouvelle mutation.


Erreurs fréquentes et précisions utiles

La perte du 790 G n’emporte pas la perte des abattements

Une confusion courante consiste à assimiler l’exonération de l’article 790 G aux abattements personnels. Ces deux dispositifs sont distincts par nature, par montant et par bénéficiaires. La fermeture du 790 G après 80 ans ne réduit pas les abattements disponibles au titre des articles 779 I, 790 B ou 790 D. Un donateur de 82 ans conserve la faculté de donner 100 000 EUR à chaque enfant en franchise de droits, sous réserve que l’abattement n’ait pas été consommé au cours des quinze années précédentes.

L’abattement s’impute obligatoirement

Il n’est pas possible de renoncer à l’application d’un abattement lors d’une donation pour le réserver à une transmission ultérieure. Le BOFiP le confirme sans ambiguïté : l’abattement s’impute sur la valeur transmise dès la première donation, quelle que soit la volonté des parties (BOI-ENR-DMTG-20-30-20-20, n° 10). Cette règle vaut pour les donateurs de tout âge.

Le démembrement reste juridiquement valide après 80 ans

La donation avec réserve d’usufruit n’est soumise à aucune condition d’âge sur le plan civil ou fiscal. Le barème de l’article 669 du CGI s’applique mécaniquement sans limite d’âge, y compris pour les usufruitiers de 91 ans et plus, auxquels correspond la tranche à 10 % de valeur d’usufruit. La question n’est pas de savoir si le montage est admis, mais d’en mesurer l’effet économique réel compte tenu de l’âge.

Les donations notariées ne sont soumises à aucune limite d’âge

Ni la donation simple, ni la donation-partage ne comportent de restriction liée à l’âge du donateur. La capacité juridique à donner est régie par le droit civil, non par les règles fiscales exposées ici. La question de la capacité d’un donateur âgé est distincte de la question fiscale et relève de l’appréciation du notaire instrumentant.


Interactions avec d’autres mécanismes

Les abattements disponibles après 80 ans s’articulent avec plusieurs dispositifs traités dans d’autres articles de ce site.

La règle du rappel fiscal de l’article 784 du CGI, qui détermine si les abattements sont encore disponibles en fonction des donations antérieures, est présentée en détail dans l’article Abattements sur les donations.

L’exonération de l’article 790 G, fermée après 80 ans, est décrite intégralement dans l’article Dons familiaux de sommes d’argent, qui précise notamment les conditions de cumul avec les abattements personnels et les règles déclaratives applicables.

Le barème de l’article 669 du CGI, qui détermine la valeur fiscale de la nue-propriété selon l’âge de l’usufruitier, est présenté dans l’article Donation avec réserve d’usufruit.

Les enjeux d’anticipation successorale, dont les donations constituent un élément central, sont abordés dans l’article Anticiper sa succession.


Questions fréquentes

Un donateur âgé de 80 ans peut-il encore donner de l’argent à ses enfants ?

La donation de sommes d’argent reste possible après 80 ans. Ce qui n’est plus accessible, c’est l’exonération spécifique de l’article 790 G CGI, qui est réservée aux donateurs âgés de moins de quatre-vingts ans. Les abattements de droit commun, notamment l’abattement de 100 000 EUR par enfant prévu à l’article 779 I du CGI, restent pleinement disponibles sans condition d’âge.

L’abattement de 100 000 EUR par enfant est-il maintenu après 80 ans ?

L’abattement de 100 000 EUR prévu à l’article 779 I du CGI ne comporte aucune restriction liée à l’âge du donateur. Il s’applique à toute donation consentie en ligne directe, que le donateur ait 60 ans ou 90 ans. Sa disponibilité dépend uniquement de la règle du rappel fiscal : si une donation d’un montant équivalent a été consentie au cours des quinze années précédentes, l’abattement peut être partiellement ou intégralement consommé.

Peut-on encore effectuer une donation-partage après 80 ans ?

La donation-partage n’est soumise à aucune condition d’âge, ni sur le plan civil ni sur le plan fiscal. Un donateur de quatre-vingt-cinq ans peut consentir une donation-partage entre ses descendants en recourant aux abattements disponibles pour chaque donataire. L’acte doit être reçu par notaire.

À partir de quel âge la donation avec réserve d’usufruit perd-elle son intérêt ?

Il n’existe pas de seuil d’âge universel à partir duquel le démembrement cesserait d’être pertinent. L’intérêt fiscal de la donation en nue-propriété se réduit mécaniquement avec l’âge, en raison du barème de l’article 669 du CGI : pour un donateur de 85 ans, la nue-propriété est évaluée à 80 % de la pleine propriété, ce qui laisse un avantage fiscal limité. L’appréciation dépend de la valeur du bien, des abattements encore disponibles, et de la comparaison avec une donation en pleine propriété dans la même situation.

Les dons effectués avant 80 ans au titre du 790 G sont-ils remis en cause après cet âge ?

Les dons de sommes d’argent exonérés au titre de l’article 790 G avant l’âge de 80 ans ne sont pas remis en cause par le fait que le donateur a depuis atteint cet âge. L’éligibilité s’apprécie au jour de chaque transmission. Par ailleurs, ces dons exonérés ne sont pas pris en compte pour le rappel fiscal de l’article 784 du CGI, conformément à l’article 790 G III du CGI.

Les petits-enfants peuvent-ils encore bénéficier d’une donation après 80 ans du grand-parent ?

L’abattement de 31 865 EUR prévu à l’article 790 B du CGI pour les donations aux petits-enfants s’applique sans condition d’âge du donateur. Un grand-parent de plus de 80 ans peut donc donner à chaque petit-enfant jusqu’à 31 865 EUR en franchise de droits, sous réserve que cet abattement n’ait pas été utilisé au cours des quinze années précédentes. L’exonération distincte de l’article 790 G, qui aurait pu s’ajouter à cet abattement, n’est en revanche plus accessible.

La règle du rappel fiscal s’applique-t-elle différemment après 80 ans ?

Le rappel fiscal de l’article 784 du CGI s’applique de manière identique quel que soit l’âge du donateur. Les donations antérieures consenties au cours des quinze années précédant une nouvelle mutation sont réintégrées dans la base de calcul des droits. Il n’existe pas de régime particulier lié au dépassement du seuil de 80 ans.

Un don manuel est-il possible après 80 ans ?

Le don manuel est possible à tout âge, sous réserve que le donateur dispose de la capacité juridique requise, ce qui relève du droit civil et non du droit fiscal. Sur le plan fiscal, le don manuel bénéficie des mêmes abattements que toute autre donation, et doit être déclaré par le donataire. Pour les détails relatifs aux obligations déclaratives, voir l’article Don manuel.


Votre situation appelle une analyse précise

L'application des règles exposées dans cet article dépend de variables propres à chaque situation patrimoniale : composition de la famille, donations antérieures, nature des biens, régime matrimonial. Ces éléments ne peuvent pas être appréciés sur la seule base d'un article généraliste.

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Références légales

Code général des impôts

  • Art. 779 CGI — Abattements en ligne directe (I), pour handicap (II), entre frères et sœurs (IV), neveux et nièces (V) — applicables sans condition d'âge du donateur
  • Art. 790 CGI — Réduction de 50 % des droits liquidés pour toute donation consentie en pleine propriété par un donateur âgé de moins de soixante-dix ans — non applicable au-delà de 70 ans
  • Art. 790 G CGI — Exonération des dons familiaux de sommes d'argent : réservée aux donateurs âgés de moins de quatre-vingts ans
  • Art. 784 CGI — Rappel fiscal des donations antérieures sur quinze ans
  • Art. 669 CGI — Barème fiscal de l'usufruit et de la nue-propriété selon l'âge du donateur au jour de la donation

Doctrine administrative (BOFiP)

  • BOI-ENR-DMTG-20-20-20 — Dons de sommes d'argent (Art. 790 G) : condition d'âge du donateur (moins de 80 ans révolus au jour du don)
  • BOI-ENR-DMTG-20-30-10 — Réductions de droits applicables aux donations, dont la réduction pour âge du donateur (Art. 790 CGI)